à propos

Chloé B. Fortin mène depuis 2009 une pratique qui procède d’une attention sensible portée aux éléments vivants ou inanimés du paysage.

Elle tente de briser le rythme accéléré de la vie contemporaine en ayant recours à des activités simples comme la marche, l’observation, la cueillette de matières naturelles ou synthétiques et l’assemblage de ces éléments.  Ces occupations lui permettent de s’imprégner des lieux qui l’entourent et d’y déceler des détails qu’un œil (pré)occupé ne saurait remarquer.  De cette pratique de l’attention naissent des interventions liées au fait de ‘prendre soin’.  Le plus souvent des gestes de compensation s’imposent devant les négligences observées, et l’envie de pointer vers des croissances possibles…

Dès 2009, elle fonde avec sa complice Audrey Lavallée le duo Les attentives et se lance dans une pratique in situ où plusieurs projets seront révélés par une observation fine du monde végétal: Les frivolités  (sélectionné par le centre d’artistes Dare-Dare pour son événement OFF-Biennale  en 2009), Jardin de fortune  (au programme de l’événement Éco-cité 2011),  puis La collection du Jardinier (retenu au Festival International des Jardins de Métis  en 2012).  Proposition dans laquelle il est question de critiquer un art du jardin interventionniste par la mise en valeur d’une flore apparue par les forces du laisser-faire (non-jardinage). Plusieurs résidences de création sont par la suite menées dans ces mêmes jardins, notamment une infiltration dans la chambre noire de la Villa Estevan, qui inspire la création du sentier des curiosités présenté à la Biennale d’art in situ de Barachois en 2018.  Celui-ci propose une série de points de vue dirigés par des boîtiers pourvus de lentilles, où les éléments découverts sont magnifiés à même leur habitat.  S’ensuit le début d’un nouveau cycle concerné par les sols : d’abord Les fouilles en 2019 puis Les travaux obscurs, une première exposition solo présentée au Centre d’artistes Vaste & Vague.

Depuis les débuts, Chloé B. Fortin s’intéresse à des matières croisées sur son passage, matières anodines à première vue, mais néanmoins pourvues d’une esthétique prodigieuse.  Celles-ci sont observées finement, triées, puis réorganisées afin d’en révéler des qualités sensorielles passées inaperçues.

Par un travail qui allie les attributs de l’observation scientifique et de la mise en valeur scénographique, l’artiste propose un contact privilégié avec des matières brutes -ou minimalement transformées-. En concevant notamment des appareils rudimentaires qui évoquent les appareils photographiques primitifs, le travail présenté s’apparente à une forme de photographie vivante, où il est moins question de saisir une image que d’offrir un cadrage, et de partager ainsi l’expérience d’un regard soutenu, amplifié par l’effet d’un viseur.

Aujourd’hui sa pratique semble habitée par de nouvelles questions, comme si ce contact privilégié interpellait le sens même de l’existence humaine amenée à se déployer aux côtés de cette grande beauté et complexité du Vivant. Son travail semble vouloir s’incarner par une mise en action plus pragmatique, une mise au travail.

Depuis les trois dernières années sa pratique s’est nourrie d’un processus de recherche-création, pour s’intéresser à l’action même du règne végétal. Ces recherches l’ont amenée à découvrir les champs de l’agronomie et de la microbiologie, de même que le travail marginal de ceux qui cherchent à réinventer leur manière de cultiver les sols pour préserver et collaborer avec la vie invisible qui les compose.

 

contact: chloebfortin@gmail.com